La Côte d'Ivoire au Kenya : quand l'Afrique apprend à surveiller ses forêts
mars 6, 2026

La Côte d'Ivoire au Kenya : quand l'Afrique apprend à surveiller ses forêts

Du 21 au 27 février 2026, une délégation de 12 experts ivoiriens s'est rendue à Nairobi, dans le cadre d'un échange Sud-Sud organisé par la Banque mondiale et la FAO, aux côtés du Kenya​ et de la République Démocratique du Congo(RDC).

Dans un contexte où la Côte d'Ivoire s'est engagée à atteindre 20 % de couverture forestière nationale d'ici 2030, le Projet d'Investissement Forestier phase 2 (PIF-2), financé à hauteur de 74 milliards de FCFA, affiche déjà des résultats concrets :

  • 12 800 hectares de reboisements intensifs en forêts classées
  • 24 077 hectares d'agroforêts restaurées à fin décembre 2025

 
Des résultats prometteurs qui placent le pays sur la bonne voie pour l'atteinte de ses objectifs forestiers. Cependant, fidèle à une dynamique d’amélioration continue, la délégation est allée apprendre et s'inspirer des modèles de réussite et des pratiques les plus avancées en matière de suivi et de gestion forestière.

 
La mission a également permis de valoriser les acquis ivoiriens, notamment en matière de comptabilisation carbone. En effet, la Côte d'Ivoire est aujourd'hui le premier pays africain et le deuxième au monde après le Vietnam, à avoir honoré un contrat d'achat de réductions d'émissions avec la Banque mondiale. Elle a déjà perçu 35 millions de dollars USD et dispose d'un excédent de 10 millions de teqCO₂ disponible sur le marché carbone.

Côté kenyan, les enseignements sont nombreux.

Le pays déploie une stratégie nationale visant à planter 15 milliards d'arbres d'ici 2032 pour atteindre 30 % de couverture arborée, avec une mobilisation qui implique gouvernement, collectivités locales, secteur privé et communautés.

L'application JAZAMITI, qui permet à tout citoyen d'enregistrer et de suivre les arbres plantés via smartphone, constitue une référence pour le suivi participatif à grande échelle, malgré les défis de connectivité en zone rurale.

La délégation a également pu y découvrir, l'ensemencement aérien par drones pour la restauration de zones difficiles d'accès, et le Système National de Surveillance des Forêts (SNSF) kenyan, migré sur une plateforme open source intégrant collecte mobile, détection satellitaire des pertes forestières et gestion multi-niveaux des accès.

 Les visites de terrain ont apporté une dimension concrète et humaine à la mission.

  • La forêt d'Oloolua : restaurée grâce à une communauté organisée en groupes spécialisés (pépinières, apiculture, écotourisme) ;
  • La pépinière de N'Gong confiée à 29 jeunes volontaires produisant 2 millions de plants dans le cadre d'un service civique ;
  • Le Centre de restauration de l'Écosystème du Kenya et ses systèmes agroforestiers permanents dits « Taungya » culture vivrière sous couvert arboré ;
  • La forêt urbaine de Karura (1 041 ha, 80 000 visiteurs/an) au cœur de Nairobi

Autant de modèles inspirant qui démontrent que la foresterie participative peut être économiquement viable.


La délégation ivoirienne est rentrée avec des recommandations actionnables :

  • Expérimenter le Taungya dans les agro-forêts du PIF-2 pour répondre aux besoins vivriers des producteurs ;
  • S'inspirer du service civique kenyan pour mobiliser la jeunesse ivoirienne dans les programmes de reboisement ;
  • Renforcer la coordination institutionnelle pour opérationnaliser le SNSF national.

 

Les trois pays ont par ailleurs exprimé leur souhait de pérenniser ces échanges Sud-Sud à travers un cadre formel de partage de données et d'expériences la preuve que les solutions les plus efficaces pour nos forêts naissent souvent de la coopération entre pairs. 

PIF2
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